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La réification de l’enfant : le « bébé médicament » (chronique radio par Olivia Sarton)

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Bébés à vendre et à acheter #NoGPA
Une chronique présentée chaque semaine par Juristes pour l’enfance sur Radio Espérance
Présentée par Aude Mirkovic et Olivia Sarton, le vendredi à 7h50, 12h40 et 19h05 ainsi que le samedi à 8h20 (durée 3 minutes)

Chronique du 3 décembre 2021 : La réification de l’enfant : le « bébé médicament »

A écouter sur Radio Espérance ICI

Le marché de la procréation artificielle n’en finit pas de produire de tristes histoires. Et c’est malheureusement assez logique puisqu’il est rare qu’un acte injuste produise des conséquences justes. En voici un nouvel exemple :

L’un des mirages que propose l’industrie de la PMA est, ce qu’on appelle dans une réalité crue, le « bébé médicament ».

Il s’agit, lorsqu’un enfant est porteur d’une maladie génétique héréditaire nécessitant par exemple une greffe de moëlle osseuse, de faire naître un second enfant indemne de cette maladie et immuno-compatible avec l’enfant malade, de manière à ce qu’il puisse devenir donneur pour son aîné.

La conception est réalisée par fécondation in vitro, et les embryons sont triés de manière à sélectionner et implanter celui qui sera compatible et qui pourra donc servir l’amélioration de la santé du premier enfant. Selon les chiffres donnés par la ministre de la santé lors des débats relatifs à la loi de bioéthique entre 2019 et 2021, il faut créer au moins une quinzaine d’embryons pour servir ce projet ; mais un seul sera retenu. Les autres embryons seront éliminés. A la poubelle.

Malgré une vive-opposition, l’autorisation de telles pratiques a été réintroduite en France par la loi de bioéthique adoptée l’été dernier. De prétendus garde-fous non écrits viendraient encadrer cette pratique. Ainsi, la conception d’un bébé-médicament ne serait autorisée que si l’enfant est désiré et pas seulement pour des raisons médicales. La réalité montre qu’il n’en est rien.

A Bruxelles, des parents d’un enfant malade ont recouru à une fécondation in vitro et un tri d’embryons afin d’avoir un second enfant immuno-compatible avec le 1er. Mais à la suite d’une erreur de la clinique dans le transfert de l’embryon sélectionné, voilà que la maman a donné naissance à deux enfants en bonne santé mais non compatibles avec l’enfant malade. Le couple s’est alors tourné vers une clinique espagnole pour une nouvelle FIV et un quatrième enfant est né, cette fois-ci répondant aux caractéristiques génétiques voulues.

Mais par la suite, les parents ont intenté un procès à la clinique belge, lui reprochant la naissance des jumeaux ne répondant pas aux attendus.

Et bien, le juge leur a donné raison et leur a accordé plusieurs indemnisations : la première au motif qu’ils n’avaient pas pour projet familial d’avoir 4 enfants, et qu’ils subissaient de ce fait un appauvrissement ; la seconde à titre de compensation morale pour la mère du fait de la grossesse supplémentaire ; et une troisième pour l’enfant malade du fait du retard pris dans l’opération.
Les indemnisations accordées montrent bien que les enfants n’étaient pas désirés pour eux-mêmes mais uniquement pour servir le projet médical.

Cette histoire montre l’affreuse réification des enfants à laquelle donne lieu l’industrie de la procréation assistée, et l’on peut s’interroger sur les difficultés que connaîtront les jumeaux en sachant qu’ils ne sont venus au monde que dans le but de guérir leur aîné, et que faute pour eux d’avoir répondu à ces attentes, leur naissance est considérée comme un préjudice pour leurs parents. Quant au petit dernier instrumentalisé et qui saura qu’il n’a pu naître que parce qu’il était immuno-compatible avec l’aîné, on peut gager que ses difficultés n’en seront pas moins grandes.

On ne le répètera jamais assez : les offres que font miroiter le marché de la PMA sont injustes ; on ne peut en aucun cas réparer une souffrance par une injustice. Alors continuez à le dire autour de vous !

A la semaine prochaine

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