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Transition de genre: les enfants ne peuvent donner un consentement valable

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Keira et Sasha, deux enfants piégés dans la tourmente des idéologies autour de la « transidentité »

Par Olivia Sarton, directrice scientifique de Juristes pour l’enfance, le Figarovox 4 décembre 2020

Keira

Keira Bell est une jeune femme britannique de 23 ans. Son témoignage a sans doute été décisif dans l’arrêt rendu le 1erdécembre dernier par la Haute Cour de Londres dans un procès mettant en cause la clinique londonienne « Tavistock and Portman NHS Trust » spécialisée dans la transition de genre des mineurs.

Keira Bell, qui s’est décrite comme ayant été un garçon manqué dans son enfance[1], s’est tournée vers la clinique Tavistock alors qu’elle avait 14 ans. La clinique lui a très rapidement prescrit des bloqueurs de puberté. Puis Keira s’est vue administrer à 17 ans de la testostérone, et elle a enfin subi une ablation des seins à 20 ans.

Quelque temps plus tard, regrettant amèrement le parcours suivi et assumant désormais son sexe féminin, Keira a introduit une action en justice contre la clinique. Elle lui a reproché de ne de ne pas avoir remis en cause son souhait de devenir un garçon alors qu’elle sortait tout juste de l’enfance et de lui avoir prescrit à 14 ans des bloqueurs de puberté après seulement trois rendez-vous d’une heure[2].

Lui donnant raison, la Haute Cour de Londres a estimé, dans un arrêt abondamment commenté Outre-Manche, qu’il était très peu probable qu’un enfant de 13 ans ou moins soit apte à donner son consentement à l’administration de bloqueurs de puberté et qu’il était également douteux qu’un enfant de 14 ou 15 ans puisse comprendre et mesurer les risques et conséquences à long terme de la prise de médicaments bloqueurs de puberté[3].

Sasha

Au lendemain de cette décision très importante de la Haute Cour de Londres, la chaîne Arte a programmé la diffusion d’un « film documentaire » intitulé « Petite fille » mettant en scène la décision prise par une mère de famille d’accompagner son jeune enfant vers une procédure de changement de sexe.

L’histoire telle qu’elle est narrée dans le « film-documentaire » est la suivante : Sasha est né en 2011, 4èmeenfant d’une fratrie de 5. L’aînée est une fille, les quatre autres enfants sont des garçons. Avant d’attendre Sasha, sa mère a fait plusieurs fausses couches de petites filles. Elle raconte sa grande déception d’apprendre à l’échographie qu’elle attendait un garçon et elle décide de donner à cet enfant un prénom mixte. Elle affirme que vers l’âge de 5-6 ans, le petit garçon aurait manifesté son désir d’être plus tard comme elle, une femme. Et elle décide que la parole de l’enfant exprime une réalité : Sasha est, selon elle, « une petite fille coincée dans un corps de garçon ». A compter de ce jour, Sasha se voit désigné comme fille dans sa famille : cheveux laissés longs, habillement en robe ou maillot de bain bikini, barbies et autres figurines de poupées dans sa chambre… Quelques mois plus tard, alors que l’enfant n’a que 8 ans, un processus de prise en charge vers une transition de genre est démarré à l’hôpital parisien Robert Debré. Le film se conclut sur les propos de la mère expliquant que le combat pour le changement de sexe de son enfant sera le combat de sa vie…

Le traitement médiatique autour du cas de Sasha est idéologiquement très engagé : « le bouleversant combat de Sasha, fillette transgenre, et de sa famille[4] » ; « Sacha, c’est une héroïne d’aujourd’hui[5] » etc.

Pourtant au regard de l’expérience de nos voisins anglais, un tel emballement médiatique aussi bien que la prise en charge médicale de Sasha telle qu’elle est rapportée suscitent de grandes interrogations.

Des enfants vulnérables embarqués trop rapidement dans des parcours de transition sans retour possible

Keira Bell a contesté le fait que la clinique Tavistock lui ait prescrit des bloqueurs de puberté à 14 ans, après seulement trois rendez-vous d’une heure. Elle a affirmé qu’elle n’aurait pas dû être mise si vite sous traitement.

A plusieurs reprises elle a soutenu que, devant le mal-être profond d’une adolescente comme elle, il était de la responsabilité des institutions comme la clinique Tavistock d’intervenir et de faire en sorte que les enfants reconsidèrent ce qu’ils disent[6].

Aujourd’hui la vie de Keira est très complexe. Elle est constamment prise pour un homme et ne trouve plus sa place dans le monde car elle est -dit-elle – coincée entre les deux sexes[7]. Elle craint de ne jamais pouvoir avoir d’enfant.

Son histoire n’est malheureusement pas unique. En moins de 10 ans, en Grande Bretagne, le nombre de petites filles ou jeunes filles orientées adressées au corps médical pour un changement de sexe est passé d’une quarantaine par an à près de 2 000. Le nombre de jeunes garçons est lui passé d’une cinquantaine à plus de sept cent. Mais des centaines de ces jeunes orientés dans des parcours de changement de sexe le regrettent amèrement, affirmant que le traitement mis en place n’a résolu aucun de leurs problèmes[8].

L’expérience douloureuse de ces jeunes britanniques est loin de passer inaperçue. Pourtant on peut se demander s’il en est tenu compte dans la prise en charge de Sasha telle qu’elle nous est décrite dans le film-documentaire.

Au motif qu’il serait impossible d’obtenir un rendez-vous de consultation dans un délai raisonnable auprès d’un pédospychiatre dans l’environnement du domicile de la famille, la mère a en effet choisi d’emmener directement son enfant en consultation auprès du Dr Anne Bargiacchi, psychiatre attachée à l’hôpital parisien Robert Debré et spécialiste de la dysphorie de genre. Cette première consultation est censée avoir été filmée en direct dans le cadre du documentaire. On peut espérer qu’il ne s’agit que d’une mise en scène et que le documentaire ne reflète pas la réalité tant la consultation est brève et l’examen de l’enfant de 8 ans quasi-inexistant. Toujours est-il qu’à l’issue de cette première consultation, le diagnostic de dysphorie de genre est posé de manière définitive, la mère a obtenu un certificat médical demandant au corps enseignant d’accueillir Sasha en tant que petite fille, et la question des traitements hormonaux et de la prise de bloqueur de puberté a été abordée. Lors du rendez-vous suivant, le parcours médical est précisé : un rendez-vous doit être pris avec un endocrinologue pour – explique-t-on à l’enfant- éviter de voir apparaître les signes de puberté et évoquer les modalités de préservation de la fertilité : prélèvement des testicules immatures afin de les faire mûrir in vitro ou arrêt temporaire des bloqueurs de puberté le temps de récupérer des spermatozoïdes fonctionnels.

Comment affirmer qu’un enfant a conscience des conséquences des traitements entrepris ?

Lors de nombreuses interviews, Keira Bell a insisté sur le fait que les enfants sont dans l’incapacité de donner un consentement valable à ces traitements dont ils ne peuvent envisager les conséquences[9], comme la stérilité et la perte des fonctions sexuelles[10].

Et devant la Haute Cour, son avocat a rappelé que des enfants ou des jeunes sans expérience de vie pertinente, n’avaient pas la capacité de prendre une décision éclairée par exemple sur la perte de la fonction sexuelle[11].

Dans le cas de Sasha, les thématiques des bloqueurs de puberté, de la préservation de la fertilité etc. sont abordés avec la mère qui prend les décisions. Tout cela en présence de Sasha certes, mais l’enfant n’a que 8 ans. Et quand, quelques plans plus tard, on voit Sasha le matin de sa rentrée scolaire en CE2 têter un biberon en guise de petit déjeuner devant un dessin animé de princesse, il est impossible de penser que l’enfant dispose de la maturité pour avoir conscience des conséquences des décisions prises pour son compte par des adultes. N’est-on pas dans l’écueil dénoncé par l’avocat de Keira Bell, « une culture de l’irréalité (…) conduisant à ce que des enfants reçoivent un traitement expérimental sans leur consentement dûment éclairé ?[12]»

L’intérêt supérieur de l’enfant encore une fois écarté au profit des intérêts scientifiques et financiers ?

Selon plusieurs médias britanniques, « l’affaire Bell, qui a été entendue par la Haute Cour de Londres, aura des implications mondiales pour le secteur florissant des soins de santé en Europe, dont les profits dépendent de l’attraction d’un nombre croissant d’enfants dans le système »[13].

Cette conclusion pousse à s’interroger. Dans le cas de Sasha médiatisé sur Arte à une heure de grande écoute, quels sont les intérêts cachés ?

Comment ne pas être surpris par la brièveté du processus de prise en charge débouchant sur la remise de l’enfant à un endocrinologue pour un parcours de transition, alors que pour des décisions bien moins importantes concernant la vie de tout enfant, comme par exemple un saut de classe, parents et intervenants sont bien plus prudents ?

Comment également ne pas être surpris par le caractère définitif du diagnostic posé par deux adultes, la mère de famille et la psychiatre de l’hôpital Robert Debré, cette dernière appelant à sanctionner le moindre doute posé sur son diagnostic, doute taxé immédiatement de transphobie ?

Lorsque Keira Bell dit qu’il est de la responsabilité des institutions comme la clinique Tavistock d’intervenir et de faire en sorte que les enfants reconsidèrent ce qu’ils disent[14], elle énonce à partir de son expérience douloureuse les propos éclairants tenus par le pédopsychiatre Christian Flavigny à l’automne 2020 : « respecter la parole de l’enfant, ce n’est pas prendre son propos à la lettre, ce n’est pas le traiter comme un petit adulte qui maîtriserait des données qui lui demeurent énigmatiques, notamment sur l’identité sexuée »[15].

Il faut espérer que l’expérience vécue par Keira Bell pourra éclairer le chemin de Sasha…

 

[1]Alison Stock in https://www.bbc.com/news/health-51676020

[2]Sophie Law in https://www.dailymail.co.uk/news/article-8061949/Woman-claims-rushed-taking-experimental-puberty-blocking-drugs.html?ns_mchannel=rss&ns_campaign=1490&ito=1490

[3]Eric Perse in https://thepostmillennial.com/uk-high-court-disallows-use-of-puberty-blockers-in-children-under-16-keira-bell-wins-her-case

[4]https://www.programme-tv.net/news/cinema/265959-petite-fille-arte-le-bouleversant-combat-de-sasha-fillette-transgenre-et-de-sa-famille/

[5]https://www.telerama.fr/television/petite-fille-sur-arte-sacha-cest-une-heroine-daujourdhui-6756709.php

[6]Alison Stock in https://www.bbc.com/news/health-51676020

[7]Sophie Law in https://www.dailymail.co.uk/news/article-8061949/Woman-claims-rushed-taking-experimental-puberty-blocking-drugs.html?ns_mchannel=rss&ns_campaign=1490&ito=1490

[8]Sophie Law in https://www.dailymail.co.uk/news/article-8061949/Woman-claims-rushed-taking-experimental-puberty-blocking-drugs.html?ns_mchannel=rss&ns_campaign=1490&ito=1490

[9]Sophie Law in https://www.dailymail.co.uk/news/article-8061949/Woman-claims-rushed-taking-experimental-puberty-blocking-drugs.html?ns_mchannel=rss&ns_campaign=1490&ito=1490

[10]Eric Perse in https://thepostmillennial.com/uk-high-court-disallows-use-of-puberty-blockers-in-children-under-16-keira-bell-wins-her-case

[11]Alexandra Topping in https://www.theguardian.com/society/2020/oct/07/court-hears-children-cannot-consent-to-puberty-blockers

[12]https://www.genethique.org/la-justice-britannique-recommande-larret-des-transitions-de-genre-avant-16-ans/

[13]Cf notamment Eric Perse in https://thepostmillennial.com/uk-high-court-disallows-use-of-puberty-blockers-in-children-under-16-keira-bell-wins-her-case

[14]Alison Stock in https://www.bbc.com/news/health-51676020

[15]https://www.lefigaro.fr/vox/societe/enfant-transgenre-sur-le-plateau-de-quotidien-le-decryptage-d-un-pedopsychiatre-20201008

 

Voir la note JPE sur le sujet:

Troubles de l’identité sexuelle chez les enfants (transgenres)/note JPE

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