Rechercher
Fermer ce champ de recherche.

Photos d’enfants sur Internet : parents, prudence et vigilance !

Table des matières

Les réseaux sociaux ouvrent aux personnes malintentionnées toutes sortes de possibilités. Les photos d’enfants et d’adolescents, des plus innocentes aux plus « intimes », qu’on y publie sans méfiance, détournées et utilisées, présentent un danger dont les parents n’ont pas assez conscience.

L’éclairage d’Olivia Sarton, directrice juridique de Juristes pour l’enfance

Article paru le 25 février 2023 dans le magazine papier de l’Homme Nouveau.

Les parents sont les premiers éducateurs de leurs enfants. L’autorité parentale « appartient aux parents jusqu’à la majorité ou l’émancipation de l’enfant pour le protéger dans sa sécurité, sa santé et sa moralité, pour assurer son éducation et permettre son développement, dans le respect dû à sa personne » (art 371-1 du Code civil). Cette autorité parentale doit être exercée avec douceur mais aussi fermeté s’agissant des réseaux sociaux et de la publication de photos. Car cette publication n’est pas anodine et comporte de nombreux risques.

Les photos sont conservées

Il faut tout d’abord avoir en tête qu’une photo mise sur le Net peut être exhumée longtemps après sa publication auprès de l’enfant devenu grand ou adulte. La « Toile » ne comporte pas de droit réel à l’oubli et des années plus tard une photo publiée pourra être préjudiciable alors que, sur le moment, elle paraissait par exemple humoristique.

Les risques liés à la publication de photos sont aussi immédiats : des clichés en apparence banals, par exemple d’enfants en maillot de bain ou de jeunes filles en robe de soirée peuvent être récupérés et modifiés par des personnes malintentionnées qui vont leur donner une connotation sexuelle. D’autres photos peuvent être utilisées par des prédateurs pour faire croire à des enfants qu’ils approchent qu’ils font partie de leur cercle familier.

Il faut souligner la pratique aujourd’hui répandue et dangereuse de publier des photos sexualisées dites « nudes ». Les conséquences d’une telle publication sont multiples : dégradation de l’image de soi ; risque de nouer une relation amoureuse biaisée fondée sur un rapport inajusté au corps lorsque les photos ont été envoyées à la demande d’un « petit ami » ; risque de partage malveillant à des tiers par le destinataire ou par d’autres qui auraient piraté un compte ou accédé au contenu d’un téléphone égaré ; risque de tomber entre les griffes de prédateurs sexuels ; risque de chantage, etc. La publication de telles photos a des conséquences sur la réputation de l’enfant concerné, sur sa qualité de vie, son quotidien, mais aussi par ricochet sur ceux de sa famille.

Un but malsain

Enfin, il faut évoquer la publication de photos par des jeunes malintentionnés dans un but de « revenge porn ». Des photos sexualisées ou des nudes envoyés à une meilleure amie ou à un petit ami sont, à la suite d’une dispute ou d’une rupture, diffusées par leur destinataire initial à des tiers tels que le reste de la classe, du collège, etc. Cette pratique pénalement répréhensible est passible de peines d’emprisonnement et d’amendes (art 226-2-1 du Code pénal).

Les parents ont donc une responsabilité importante pour prévenir ces publications risquées.

Pour cela, ils doivent inculquer la notion de respect de la vie privée, qui commence par la protection de sa propre vie privée : «Pour vivre heureux, vivons cachés », dit une expression ancienne. Les parents auront à cœur de montrer l’exemple, en s’abstenant de publier des photos de leurs enfants sur les réseaux sociaux, et de manière générale en usant de ceux-ci avec modération, notamment dans la publication de leurs propres photos.

Pas de compte avant 13 ans

Ensuite, ils auront tout intérêt à être vigilants sur l’utilisation par leurs enfants des réseaux sociaux. Sur la plupart de ceux-ci, les utilisateurs doivent être âgés de 13 ans au moins pour créer un compte. En outre, l’inscription sur un réseau social nécessite en France l’accord des parents jusqu’au quinzième anniversaire.

J’encourage les parents à donner le plus tard possible un smartphone, à interdire l’ouverture de comptes sur les réseaux avant 13 ans, même si les enfants disposent déjà d’un écran (des logiciels ad hoc permettent de contrôler les applications mises en place sur les écrans disponibles au domicile), et à accompagner les enfants dans l’utilisation des réseaux sociaux. Attention à ne pas se sentir rassuré par le fait d’être accepté comme « abonné » par un enfant sur son compte Instagram ou autre. Certains enfants, pour s’affranchir de la tutelle parentale, ont un compte officiel très propre auquel leurs parents ont accès, et un compte officieux dont les parents ignorent l’existence… Il faut aussi réglementer l’usage des écrans et par exemple exiger que ceux-ci soient déposés dans un lieu sous la surveillance des parents à partir de l’heure du coucher, de sorte qu’ils ne se retrouvent pas dans les chambres pour la nuit.

La publication de photos sur les réseaux sociaux est étroitement liée pour les enfants et les jeunes à un besoin de reconnaissance par le groupe, donc à un besoin affectif. Il faut faire en sorte de remplir au mieux le réservoir affectif des enfants pour atténuer ce besoin de reconnaissance sociale via la publication de photos. Un moyen sûr pour cela est de consacrer du temps à ses enfants en leur proposant des activités, notamment les soirs et les week-ends, au moment où ils peuvent être désœuvrés et tentés par les écrans.

Je conseille également d’instaurer un dialogue sur ces sujets, afin de prévenir les comportements inappropriés mais également pour permettre à l’enfant qui aurait commis une erreur de l’avouer et de la réparer avec l’aide des parents.

Par exemple, si une jeune fille confie avoir envoyé une photo d’elle en sous-vêtements ou dénudée, et que cette photo se retrouve sur les réseaux sociaux, il faudra en premier lieu la réconforter puis mettre en place avec elle les mesures nécessaires, sans la culpabiliser mais sans lui cacher les difficultés engendrées par son comportement : dépôt de plainte en son nom, soit contre X si l’auteur de la diffusion est inconnu, soit contre le tiers nommément désigné lorsqu’on le connaît ;  information de l’établissement scolaire si les faits ont eu lieu dans ce cadre ; surveillance des réseaux sociaux afin de signaler les contenus à caractère pornographique mettant en cause l’enfant.

Ce signalement doit être effectué auprès des réseaux sociaux eux-mêmes ainsi que des éventuels sites Internet de diffusion en leur demandant l’effacement du contenu litigieux, auprès du site du ministère de l’Intérieur (plate-forme « Pharos »), et également auprès des associations spécialisées comme « e-enfance » (1) ou « ennocence.org » qui luttent contre les violences numériques.

Selon les situations et les enfants, les parents peuvent avoir à mettre en place des actions nécessaires pour les protéger contre la tentation de publication, par exemple retirer le smartphone pour une période déterminée, fermer les comptes de réseaux sociaux, etc.

Face aux séductions que propose le monde virtuel, l’action éducative bienveillante des parents est cruciale pour leurs enfants !

Partagez:

A découvrir également

Découvrez les autres sujets que nous avons abordés

Vous nous quittez ?

Gardez le contact avec nous en vous inscrivant pour recevoir nos newsletters