Aude Mirkovic conclue la table ronde consacrée à l’effacement des femmes par le transgenrisme d’une part, et la GPA d’autre part, lors de la soirée BV le 30 janvier 2026, avec les interventions d’Olivia Maurel, née de GPA et porte-parole de la Déclaration de Casablanca, et Janick Christen et Chloé Cole, détransitioneuses.
A la question : comment en est-on arrivé là, et comment en sortir ?, Aude Mirkovic répond:
« De façon très schématique, à l’origine de cet effacement des femmes qui vient d’être décrit, je vois une tendance philosophique et une confusion juridique.
L’homme contemporain pense que, pour être libre, il lui faudrait s’émanciper de tout ce qu’il n’a pas choisi, pour tout décider par lui-même.
Ce que nous avons reçu, et non choisi, avec notre venue au monde, est ainsi rejeté comme autant d’entraves à notre liberté : l’existence, la famille, la patrie, la date de naissance, le corps (sexué). Cela se manifeste, par exemple, par :
- La revendication de maitriser sa propre vie et donc sa mort par l’euthanasie ;
- La revendication de fonder la famille sur la seule volonté comme en témoigne la filiation détachée de la réalité charnelle de la procréation au profit de la réalisation des désirs, la volonté, au moyen de la PMA et de la GPA ;
- La ringardisation de la patrie comme héritage reçu des aïeux, au profit de la nationalité conçue comme un lien personnel et de nature administrative entre un individu et un État qu’on choisit ;
- La date de naissance résiste un peu mais est elle aussi désormais contestée lorsqu’elle ne correspond pas au « ressenti » d’âge
- Le refus d’un sexe reçu, inscrit dans la biologie de notre corps sexué, participe de cette tentative de vouloir tout décider.
Ce phénomène, ce volontarisme, s’amplifie avec les progrès de la technique qui confère à la volonté une puissance décuplée en donnant l’illusion de la toute-puissance, l’illusion de pouvoir transformer un homme en femme et vice versa, la possibilité de ces bricolages procréatifs.
Mais le coup de maitre idéologique a été de faire croire que cette autodétermination en matière de sexe, de projet parental comme fondement de la filiation, relèverait de la vie privée des intéressés.
J’en viens à la confusion juridique.
C’est au nom du respect de la vie privée que le changement de la mention du sexe à l’état civil a été revendiqué et accordé, comme si l’identité sexuée, le fait d’être un homme ou une femme, relevait de la vie privée d’une personne.
Pareil pour les réformes dites sociétales en matière de procréation : elles sont toutes promues et soutenues par l’affirmation que les choix en la matière relèveraient de la vie privée des intéressés, et n’auraient aucun impact sur les autres, ne changeraient rien pour les autres.
Brandir le respect de la vie privée est pratique car cela permet d’interdire à qui que ce soit d’avoir son mot à dire. Et c’est ainsi que l’autodétermination des uns devient totalitaire pour tous.
Si le ressenti profond de l’individu relève en effet de la sphère privée, il convient qu’il y reste car, en revanche le sexe, l’identité sexuée comme homme ou femme, a bel et bien un impact social. Il n’y a pas plus social que l’état civil, mais la réduction du sexe à un ressenti « privé » permet d’ignorer, ce qui génère la violence et la ruine du lien social.
Je concrétise un petit peu le propos : le prétendu respect de la vie privée justifie ainsi l’injonction faite à tous de renoncer à la réalité pour affirmer qu’un homme est une femme ou qu’une femme est un homme. C’est une forme de violence sournoise mais réelle, dont les conséquences pratiques sont considérables : citons en vrac l’équité dans les compétitions sportives, l’insécurité pour les femmes dans des lieux non mixtes comme les prisons mais aussi les internats scolaires.
Que deviennent les objectifs affichés de parité ? Voici le conseil d’administration d’une grande entreprise : il comprend cinq hommes et cinq femmes, selon l’état civil, mais tous sont des hommes biologiques. L’objectif de parité est-il atteint ? L’état civil n’ayant pas de pouvoir magique, il apparaît plutôt que la parité est réduite à néant et la vie sociale réduite à un artifice.
Sans population féminine objectivement identifiée, que devient la lutte contre les violences faites aux femmes ?
Que dire pour finir des conséquences sur les enfants, qui peuvent être considérés comme nés d’« un homme ayant accouché » ?
On voit que, loin de relever de la vie privée de l’intéressé, il apparaît ainsi clairement que la disqualification du sexe biologique au profit d’un ressenti déconnecté de la réalité corporelle a des conséquences sur le lien social tout entier.
Dans ces conditions, que faire ?
Commençons par le début, le retour à la réalité. Il faut le dire, et le redire parce que tout le monde ne le sait pas :
- Non, il n’est pas possible de changer de sexe : on peut changer l’apparence, on peut changer le paraître, on peut même changer l’état civil, mais on ne peut changer le sexe.
- Non, la filiation n’est pas une pure affaire de volonté : la technique permet beaucoup de choses mais ne fait pas disparaitre le besoin naturel de l’être humain de s’ancrer dans une généalogie.
Ensuite, ne pas se résigner, ne pas se décourager : nous vivons à une époque où les dégâts de l’idéologie sont désormais visibles, et c’est notre chance. Les témoignages de Chloé, Jannick, Olivia, n’existaient pas il y a 10 ou même 5 ans. Aujourd’hui, ils servent de révélateur.
Enfin, nous ne sommes pas seuls, car la prise de conscience est en marche.
De nombreux pays dits précurseurs, qui ont pratiqué les transitions de genre sur les enfants pendant des années, reviennent aujourd’hui à la prise en charge psychothérapeutique, qui consiste à rechercher les causes du mal-être de ces jeunes en vue de les traiter, de les résoudre, pour aider l’enfant ou l’adolescent à se réconcilier avec son corps de garçon ou de fille.
Citons la Suède, la Finlande, la Norvège et, surtout, le RU qui interdit désormais les bloqueurs de puberté pour les mineurs, ou les États-Unis qui ont suspendu tout financement fédéral pour ces traitements.
A l’ONU, Reem Alsalem, Rapporteuse spéciale ONU sur les violences contre les femmes et les filles, a demandé le 16 juin 2025 aux États de protéger les enfants « en interdisant la transition légale et sociale des enfants qui disent ressentir une dysphorie de genre » ( § 61 c).
La Cour suprême britannique, par une décision unanime du 16 avril 2025, a jugé que les termes “femme” et “sexe” dans la loi sur l’égalité de 2010 se réfèrent à une femme biologique et à un sexe biologique.
Un décret présidentiel américain du 20 janvier 2025 ordonne de retenir la catégorie biologique du sexe pour l’identification des personnes et non pas celle d’identité de genre, le sexe étant pour chaque personne celui constaté à la naissance.
Sur la GPA, des initiatives se lancent pour sortir de la résignation : la Déclaration de Casablanca, et bien entendu l’autre rapport de Reem Alsalem, présenté en octobre 2025 aux Nations Unies, dans lequel elle demande aux États de condamner la GPA sous toutes ses formes (pas de GPA éthique) et de s’engager pour l’abolition universelle de la pratique.
Et nous, qui ne sommes pas rapporteur ONU, qui ne sommes pas élus ?
Nous sommes tous électeurs : à nous de sensibiliser, informer, interpeller nos élus. Si nous ne le faisons pas, inutile de nous lamenter sur les temps et les mœurs.
Nous pouvons tous relayer un contenu constructif sur les réseaux sociaux, offrir un livre [beaucoup de personnes présentes ici ce soir en ont écrit], faire lire un article.
Nous pouvons tous soutenir, même modestement, des associations et des médias qui interviennent dans le débat public.
Les choses bougent, et c’est une bonne nouvelle, mais cela ne se fera pas tout seul. A chacun de trouver sa manière de contribuer et merci à BV pour cette soirée qui contribue, très certainement, à l’effort commun. »