Chronique du 1er juin 2026, à écouter sur radio Espérance ICI
Chers amis auditeurs, bonjour, bienvenue dans la chronique des Juristes pour l’enfance, Et le droit dans tout ça, présentée aujourd’hui par Olivia Sarton.
Il y a quelques jours, le gouvernement français a créé la sidération notamment chez les professionnels de santé du collectif Surexposition Ecrans – CoSE[1] lorsque la cellule investigation d’un organe de presse[2] a révélé la stratégie dite « E-sport 2026-2030 » validée par Matignon et prévoyant l’introduction généralisée des jeux vidéo dans la sphère scolaire.
Devant l’indignation suscitée et après avoir été interrogé par la sénatrice Pauline Martin[3], le gouvernement tente d’éteindre la controverse. Le 26 mai, la ministre des sports Marina Ferrari a déclaré[4] que la stratégie ne concernait pas les programmes scolaires mais le périscolaire, et qu’elle s’appuyait sur une expérimentation en cours depuis plusieurs années dans l’académie de Versailles pour « apprendre aux enfants à respecter les temps d’écrans, limiter la pratique » et « accompagner les jeunes e-sportifs au même titre que les autres sportifs dans l’organisation de leur temps scolaire ».
Ces propos ne peuvent qu’alimenter l’inquiétude.
Dans l’académie de Versailles, une vingtaine d’établissements ont été dotés de salles informatiques de gaming flambantes pour que sur une période de 5 ans des collégiens et lycéens, au lieu de s’inscrire à l’association sportive ou à celle d’échecs, puissent jouer aux jeux vidéo dans l’enceinte de l’établissement à raison d’une session de 2 heures hebdomadaires environ[5]. Le postulat avancé serait que « les outils pédagogiques doivent s’adapter aux élèves pour captiver et engager. […] Les jeux vidéo apparaissent comme des outils d’apprentissage innovants. »[6]
Ce postulat est extrêmement contestable. Alors que les parents demandent à être épaulés pour limiter le temps d’écran de leurs enfants, le rôle initiateur de l’Education nationale pour la pratique des jeux vidéo en ligne apparaît comme un coup d’épée dans le dos. Et ce d’autant plus compte-tenu des caractéristiques des jeux vidéo proposés. Il s’agit de jeux en ligne multijoueurs gratuits avec possibilité de micropaiements pour acquérir des avantages ou des récompenses dans le jeu. Est ainsi proposé le jeu League of Legends. Or, l’association e-Enfance, agréée par le Ministère de l’éducation nationale pour la protection des mineurs sur Internet et l’éducation à la citoyenneté numérique[7], note sur son site que ce jeu a un fort risque d’addiction : « De par l’intensité de ses parties et la dimension très compétitive que propose le jeu, League of Legends est connu pour être un jeu qu’il est difficile de délaisser, même pour quelques jours, une fois que l’on a commencé à y jouer »[8]. Ce risque addictif n’est pas exclusif à ce jeu. Il existe pour toute cette catégorie de jeux en ligne gratuits multi-joueurs, au point que la consultation hospitalière spécialisée[9] de la psychologue Sabine Duflo dédiée à l’addiction aux écrans via ces jeux vidéo chez des mineurs ne désemplit pas[10].
Le développement de la stratégie dite « E-sport » en milieu scolaire, même si elle n’est pas comprise dans un programme proprement dit, constitue donc une réelle mise en danger de millions de mineurs. Vous vous en doutez certainement : ce sont les intérêts financiers colossaux en jeu qui ont présidé à l’élaboration de cette stratégie[11]. Au mois de janvier 2026, lors d’une audition au Sénat, des acteurs du jeu vidéo avaient réclamé le soutien financier de l’Etat pour « une industrie exposée et vulnérable »[12], précisant que le coût de production d’un jeu vidéo pouvait atteindre 500 millions d’euros, voire 1 milliard d’euros.
Manifestement ils ont été entendus et le gouvernement a estimé que l’enjeu était suffisant pour mettre de côté la sécurité et la santé des élèves…
Mais rien n’est perdu. Avec la mobilisation des associations, des médecins, des parents d’élèves, nous pouvons faire reculer cette stratégie. Vous pouvez signer la pétition lancée par Sabine Duflo, psychologue du collectif CoSE que vous trouverez sur https://www.change.org/p/non-aux-jeux-vid%C3%A9o-dans-les-%C3%A9coles
Et également vous pouvez alerter dès maintenant vos établissements scolaires et à leur demander qu’ils refusent l’implantation de ces jeux vidéo dans l’enceinte scolaire.
A la semaine prochaine !
………………………………………….
Et le droit dans tout ça ?
Une chronique de Juristes pour l’enfance présentée chaque lundi sur Radio Espérance, par Olivia Sarton, Matthieu le Tourneur et Aude Mirkovic, à 8h, 12h45 et 19h20 (durée 3 minutes)
Retrouvez toutes les chroniques Et le droit dans tout ça ? sur radio Espérance ICI, sur YouTube ICI et sur toutes les plates-formes ICI
[1] surexpositionecrans.fr
[2] https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/l-info-de-france-inter/matignon-valide-l-integration-des-jeux-video-a-l-ecole-malgre-l-opposition-du-ministere-de-la-sante-5981712
[3] https://www.senat.fr/questions/base/2026/qSEQ260508814.html
[4] https://rmc.bfmtv.com/actualites/societe/video-l-e-sport-a-l-ecole-il-n-en-a-jamais-ete-question-explique-la-ministre-des-sports-marina-ferrari_VN-202605260192.html
[5] https://www.ac-versailles.fr/educ-esport-129491#:~:text=Projet%20lanc%C3%A9%20en%202022%2C%20fin,20%20%C3%A9tablissements%20de%20l’acad%C3%A9mie
[6] https://creg.ac-versailles.fr/les-jeux-video-comme-outils-d-apprentissage
[7] https://www.cybermalveillance.gouv.fr/tous-nos-contenus/e-enfance
[8] https://e-enfance.org/jeu-video/league-of-legends/
[9] https://www.epsm-loiret.fr/education-therapeutique-addiction-aux-ecrans-et-psychotraumatisme/
[10] https://f24.my/Bwq1
[11] https://www.lefigaro.fr/vox/societe/e-sport-a-l-ecole-un-cheval-de-troie-au-service-de-l-industrie-dans-l-education-nationale-20260528
[12] https://www.senat.fr/compte-rendu-commissions/20260112/cult.html

